À ce moment, une troupe d'étrangers sortit de l'hôtel; le baron se précipita et leur parla dans leur langage. Il m'appela ensuite:

—Vous le voyez, je suis polyglotte. Mais, venez avez nous. Je vais exécuter à ces touristes une antiopée résumée, quelque chose comme un sonnet amphionique. C'est un des morceaux qui me rapportent le plus. Il est intitulé: Lutèce, et, grâce à certaines licences non poétiques mais amphioniques, il me permet de montrer tout Paris en une demi-heure.

Nous montâmes, les touristes, le baron et moi, sur l'impériale de l'omnibus Madeleine-Bastille. En passant devant l'Opéra, le baron d'Ormesan l'annonça à haute voix. Il ajouta, en indiquant la succursale du Comptoir d'Escompte:

—Palais du Luxembourg, le Sénat.

Devant le Napolitain, il dit emphatiquement:

—L'Académie française.

Devant le Crédit Lyonnais, il annonça l'Élysée, et, continuant de cette façon, il avait montré, lorsque nous arrivâmes à la Bastille: nos principaux musées, Notre-Dame, le Panthéon, la Madeleine, les grands magasins, les ministères et les demeures de nos hommes illustres morts et vivants; enfin, tout ce qu'un étranger doit voir à Paris. Nous descendîmes de l'omnibus. Les touristes payèrent largement le baron d'Ormesan. J'étais émerveillé et je le lui dis. Il me remercia modestement et nous nous quittâmes.


Quelque temps après, je reçus une lettre datée de la prison de Fresnes. Elle était signée du baron d'Ormesan: