Des dépêches, datées de Francfort, de Mayence, de Leipzig, de Strasbourg, de Hambourg et de Berlin, annonçaient simultanément la présence d'Aldavid.
Comme à Dollendorf, il avait apparu devant une synagogue, la principale de chaque ville.
La nouvelle s'était vite répandue, les Juifs avaient accouru, et le Messie avait prêché partout dans des termes identiques, au témoignage des dépêches insérées dans les journaux.
À Berlin, vers cinq heures, la police ayant voulu s'emparer de lui, la foule juive, qui l'entourait, s'y était opposée, poussant des clameurs et des lamentations, se livrant même à des violences qui provoquèrent un grand nombre d'arrestations.
Pendant ce temps, Aldavid avait disparu comme par miracle...
Ces nouvelles m'impressionnèrent, mais pas plus que le public qui se passionna pour Aldavid. Et, dans la journée, les éditions spéciales des journaux se succédèrent pour annoncer l'apparition (on ne disait plus la présence) du Messie à Prague, à Cracovie, à Amsterdam, à Vienne, à Livourne, à Rome même.
Partout l'émotion était à son comble et les gouvernements, comme on s'en souvient, tinrent des conseils dont les décisions furent gardées secrètes, et pour cause, car toutes aboutissaient à cette constatation que, le pouvoir d'Aldavid paraissant d'un ordre surnaturel ou du moins inexplicable par les moyens dont dispose la science, il valait mieux attendre, sans intervenir, des événements auxquels la force publique ne semblait pas pouvoir s'opposer.
Le lendemain, des dépêches diplomatiques échangées de cabinet à cabinet, entre les gouvernements intéressés, eurent pour résultat de faire arrêter les principaux banquiers juifs de chaque nation.
Cette mesure s'imposait. En effet, si comme on le supposait la prédication d'Aldavid avait pour résultat de provoquer l'exode des Juifs vers la Palestine, on pouvait aussi compter sur l'exode des capitaux de tous les pays pour la même destination, et il fallait éviter les désastres financiers qui eussent été la suite de cet événement. Au demeurant, on pensait avec raison que ce Messie, dont l'ubiquité paraissait incontestable, sinon les autres miracles qu'on lui attribuait, pouvait bien par des moyens surnaturels alimenter le budget du nouveau royaume de Juda, quand cela serait nécessaire. Et les banquiers juifs, traités d'ailleurs avec beaucoup d'égards, furent mis en prison, ce qui ne manqua pas de causer un très grand nombre de désastres financiers: paniques dans les Bourses, faillites et suicides.