... Et voyant s'avancer deux vieillards d'une ressemblance parfaite, Néron demanda:

—Lequel d'entre vous est ce Galiléen dont les miracles étonnent la ville?

Mais l'un des hommes leva les yeux au ciel sans rien répondre, tandis que son compagnon s'écriait:

—Cet autre qui me ressemble n'est qu'un imposteur. Et, dans ce jardin où tu nous accueilles, ô César, je veux m'élever devant toi comme un oiseau prenant son vol. Mon art me donne le moyen de confondre ainsi ce silencieux.

L'empereur éclata de rire:

—Étrangers, dit-il, je vous ai pris d'abord pour Castor et Pollux, mais ils s'aiment et vivent alternativement. Votre inimitié excite mon imagination. Enchanteurs, faites des prodiges. Ma musique accompagnera vos gestes. Ensuite, je célébrerai votre lutte en strophes alcaïques.

Il vit alors que le visage du vieillard qui avait parlé était calme et rusé, tandis que sur les joues du silencieux, des larmes, qui ne cessaient de couler, avaient creusé deux sillons. Prenant un luth accordé, Néron le fit sonner, et l'homme qui ne pleurait pas s'écria:

—Pierre, voici le moment où je te confondrai. Mon art détruira tous les enchantements de ton ignorance. Mes alliés veillent dans le Ciel et dans l'Enfer.

Il traça sur le sol le nom d'Anatana, qui se lit de droite à gauche et réciproquement. Une nuée sombre s'étant élevée, le magicien lui dit:

—Anatana, prince de l'Enfer, si mon ennemi m'attaque au moment où venant de quitter la terre, j'aurai peine à me défendre, tu feras la nuit et combattras cet homme dans l'obscurité.