—Pardon, monsieur.
Je le suivis. Je vis que son pantalon était à pont. Dès que nous fûmes sortis:
—Regardez ces anciennes maisons, dit-il; elles conservent les signes qui les distinguaient avant qu'on ne les eût numérotées. Voici la maison à la Vierge, celle-là est à l'Aigle, et voilà la maison au Chevalier.
Au-dessus du portail de cette dernière une date était gravée.
Le vieillard la lut à haute voix:
—1721. Où étais-je donc?... Le 21 juin 1721 j'arrivai aux portes de Munich.
Je l'écoutais, effrayé, et pensant avoir affaire à un fou. Il me regarda et sourit, découvrant des gencives édentées. Il continua:
J'arrivai aux portes de Munich. Mais il paraît que ma figure ne plut pas aux soldats du poste, car ils m'interrogèrent de façon fort indiscrète. Mes réponses ne les satisfaisant pas, ils me garrottèrent et me menèrent devant les inquisiteurs. Bien que ma conscience fût nette, je n'étais pas fort rassuré. En chemin, la vue du saint Onuphre, peint sur la maison qui porte actuellement le numéro 17 de la Marienplatz, m'assura que je vivrais au moins jusqu'au lendemain. Car cette image a la propriété d'accorder un jour de vie à qui la regarde. Il est vrai que, pour moi, cette vue n'avait que peu d'utilité; je possède l'ironique certitude de survivre. Les juges me remirent en liberté, et, durant huit jours, je me promenai dans Munich.
—Vous étiez bien jeune alors, articulai-je pour dire quelque chose; bien jeune!
Il répondit sur un ton d'indifférence: