Le curé tira Omer par l'oreille jusque devant le presbytère. Là, il le lâcha enfin et parla:

—Omer, tu es le scandale de ce village. Tu veux enlever une fille qui ne veut pas de toi. Séduire une fille est une mauvaise action, mon fils!

Omer se récria:

—Je ne veux pas la séduire, je veux l'épouser. Qu'importe qu'elle ne me veuille pas? L'homme doit-il s'embarrasser des volontés des femmes qui pleurent quand elles veulent et rient quand elles peuvent?

Le curé l'écouta d'un air attendri:

—Ainsi, c'est différent. Omer, mon enfant, tes intentions sont donc pures... L'as-tu demandée à son père?

—Oui! cria Omer, Tenso a juré que je n'aurais pas sa fille. Mais je veux épouser Mara. D'ailleurs vous savez tout. Vous êtes resté plus d'une heure, hier, dans sa maison.

—Oui! répliqua le curé, je sais tout ce qui s'est passé avant. Mais j'avais pensé, comme croit Tenso, du reste, que, ne pouvant avoir Mara pour épouse, tu voulais l'enlever pour la déshonorer et l'abandonner.

—Le vieux Tenso mépriserait-il assez nos coutumes, dit d'une-voix sombre Omer, pour me refuser sa fille au cas où, l'otmika ayant réussi, j'aurais enlevé Mara?

—Hélas! dit tristement le curé. Hélas! mais toi, Omer, méprises-tu assez les divertissements de notre race, pour venir interrompre le kolo, la danse nationale et crier: Otmika! pendant les rondes?