—Mnieu, mnieu, mnieu.

Puis il descendit dans la rivière, et, comme elle était froide, il eut peur de mourir. Heureusement les voix des Elfes se rapprochaient:

—Mnié, mnié, mnié.

Puis, nom di Dio! dans la rivière il oublia brusquement tout ce qu'il savait, et connut que l'Amblève communique souterrainement avec le Lethé, puisque ses eaux font perdre connaissance. Nom di Dio! Mais les elfes jasaient si joliment maintenant, de plus en plus près:

—Mniè, mniè, mniè...

Et partout, à la ronde, les Elfes des pouhons, ou fontaines qui bouillonnent dans la forêt, leur répondaient...

[LA ROSE DE HILDESHEIM
OU LES TRÉSORS DES ROIS MAGES]

Il y avait, à la fin du siècle dernier, à Hildesheim, pris de Hanovre, une fille qui s'appelait Ilse. Ses cheveux, d'un blond pâle, avaient des reflets un peu dorés et donnaient l'impression d'un clair de lune. Son corps se dressait înel et svelte. Son visage était clair, avenant et rieur, avec une fossette adorable au menton grasset, et des yeux gris qui, sans être fort beaux, seyaient à sa figure et remuaient sans cesse comme des oiseaux. Sa grâce était incomparable. Elle était fort mauvaise ménagère, comme la plupart des Allemandes, et cousait très mal. Les travaux domestiques terminés, elle se mettait au piano et chantait qu'on eût dit d'une sirène, ou bien lisait et semblait, en ce cas, une poétesse.

Quand elle parlait, l'allemand, qui est appelé la langue des chevaux, devenait plus doux que l'italien, qui est la langue des dames. Et parce qu'elle avait l'accent hanovrien, où les S n'ont jamais le son du Ch, son parler était réellement charmeur.

Son père, ayant été autrefois à l'Amérique, y avait épousé une Anglaise, puis, après des ans, était revenu au pays natal habiter la maison paternelle.