Mais, précisément en face, se trouvait un détachement de cavalerie qui lui barrait le passage: la fuite devenait impossible de ce côté. Comme un sanglier acculé, il regarda derrière lui; Marshall arrivait comme un tourbillon avec ses fidèles.
Le flanc abrupt du ravin lui offrait une voie impraticable pour tout autre qu'un Sauvage: il y lança éperdument son cheval. Mais le noble animal venait de fournir une terrible carrière; le double fardeau qu'il portait était trop pesant pour lui; deux fois ses jambes fines et nerveuses se cramponnèrent au sol mouvant; deux fois, coursier et cavalier glissèrent jusqu'au fond du précipice.
Les soldats approchaient: la mort devenait certaine, la fuite impossible! Le sombre visage de l'Indien s'illumina d'une flamme sanglante. Il sauta par terre, tirant après lui Manonie.
Marshall n'était plus qu'à trois longueurs d'épée.
—Vengeance! toujours! hurla Wontum.
Et son couteau acéré se leva sur la jeune femme étendue à ses pieds...
—Feu! avait crié Marshall.
Les balles sifflèrent. Mais avant qu'elles fussent arrivées au but, une forme sombre s'abattait du haut d'un roc sur le meurtrier et le renversait par un coup terrible qui faisait jaillir au loin les morceaux de son crâne.
Manonie était sauvée... sauvée par le brave Oakley!
Hélas! cette victoire devait coûter un sang précieux: le vaillant chasseur était retombé sans mouvement auprès du cadavre de Wontum: les balles destinées à ce dernier l'avaient atteint.