Et il frappa de nouveau contre les vitres, mais plus fort, cette fois. Aussitôt il se fit du bruit dans l'intérieur. Prompt comme l'éclair, le sauvage recula et se coucha par terre.

Quoiqu'on fût au mois de septembre et que les journées fussent encore chaudes, les nuits commençaient à être fraîches, surtout celle qu'avait choisie Wontum, à cause de la tempête. Les volets étaient donc fermés; mais celui près duquel s'était arrêté Wontum, s'ouvrit en dedans de la croisée, et une forme humaine se montra derrière les vitres dans une espèce d'auréole lumineuse. Il était impossible de distinguer si c'était un homme ou une femme.

Au même instant, une fenêtre située directement au-dessus s'ouvrit, la tête d'une femme apparut, et une voix féminine s'écria:

—N'avez-vous pas entendu un bruit inusité, lieutenant Blair?

—Oui, Manonie. Avez-vous remarqué quelque chose de suspect?

—Certainement! je ne dormais pas et j'écoutais avec attention pour savoir si je n'entendais pas arriver mon mari que j'attends cette nuit. Eh bien! je jure qu'un individu ou un objet quelconque a frappé à votre volet.

—Moi, au contraire, j'estime que nous nous sommes trompés tous deux. Ce sera le clapotement de la pluie ou le grincement des volets qui nous aura inquiétés.

—Non! non! mon oreille a été attentive aux moindres bruits depuis la chûte du jour, elle n'avait rien entendu de semblable jusqu'à ce moment. Je ne serais pas du tout surprise que les Indiens fussent en train de rôder par ici.

—Vous me paraissez dans l'erreur, Manonie. Vous êtes dans une agitation nerveuse occasionnée par l'absence de votre mari. Il serait impossible à un Sauvage d'entrer ici sans être aperçu. Je vous conseille de vous reposer; cet état d'attente et de vigilance forcée vous fait mal.

—Il me serait impossible de prendre du repos, alors même que je le voudrais. D'ailleurs, mon petit Harry a eu la fièvre et a passé une partie de la nuit dans l'insomnie. Il dort à cette heure.