—Oui; c'est clair comme bonjour. Mais pourquoi dites-vous que je vais retourner au Fort?

—Aimeriez-vous mieux que ce fût moi?

—Oui, oui, père John. Je ne disconviens pas que vous soyez un aussi bon éclaireur que moi; nonobstant, je suppose que vous êtes trop vieux pour courir dans les bois à la poursuite des Indiens. Si vous allez au Fort, vous aurez la chance d'avoir une monture.

—Ah! çà! mais, Oakley, vous êtes pour le moins aussi âgé que moi.

—C'est ce qui reste à savoir: Enfin, je vous le dis, j'ai un tel exercice des courses, des chasses, des batailles, que je suis devenu fort comme un chêne... deux fois plus fort que vous, quoique vous soyez plus gros que moi.

—Vous croyez çà?

—Un peu, s'il vous plaît; si vous voulez essayer une passe avec le vieux Jack Oakley, venez un peu voir. Vous trouverez votre pareil.

Le vieillard sourit, s'approcha d'Oakley et le saisit vigoureusement. Jack fit trois ou quatre efforts désespérés pour ébranler son adversaire et lui faire perdre pied, mais tout fut inutile; John resta immobile avec la tranquillité d'un rocher, serrant toujours son homme avec des mains qui semblaient des tenailles d'acier.

Tout-à-coup il le prit aux hanches, le souleva d'un puissant effort, et le fit passer par-dessus sa tête. Oakley alla tomber à quelques pas, lourdement comme une bûche. Il se releva agilement avec une exclamation et saisit l'ermite à pleins bras. Mais celui-ci, avec la promptitude de l'éclair, souleva de nouveau Jack en l'air et l'envoya mesurer le sol avec un bruit effrayant.

Cette fois, maître Oakley se releva lentement sur ses pieds, en se frottant les bras, le cou et la tête; en même temps il lança un regard empreint d'admiration au vieillard qui était resté debout et souriant.