Manonie eût un affreux battement de cœur; l'espérance rentrait si violemment dans sa pauvre âme qu'elle en était déchirée comme par une blessure. Il arrivait enfin, cet ami! L'heure de la délivrance allait sonner!

Effectivement c'était un homme: il s'avança avec une merveilleuse souplesse près des avant-gardes des Sauvages. Manonie le vit s'incliner sur le corps sombre de l'un des dormeurs; elle crut qu'une lutte allait s'engager. Mais non; un point lumineux parut et disparut sur la poitrine de l'Indien; celui-ci leva convulsivement les bras; ils retombèrent inertes et morts; l'agonie avait été foudroyante et muette.

Alors le vainqueur prit dans ses mains robustes le cadavre du Pawnie et disparut en l'emportant derrière un rocher.

Le regard inquiet de Manonie ne le perdit pas longtemps de vue: bientôt il reparut en pleine lumière; à ce moment il s'était transformé en Indien. Il se remit à ramper silencieusement.

La jeune femme le vit se glisser, avec la souplesse d'un serpent, au milieu des Sauvages qui entravaient sa route; il approchait lentement, mais sûrement du wigwam. Quand il fut tout proche, le corps de Wontum l'obligea à se détourner; pendant quelques secondes, longues comme des siècles, Manonie ne vit et n'entendit rien.

Tout-à-coup, derrière elle, le feuillage murmura imperceptiblement.

L'homme était arrivé.

Il se glissa par l'ouverture qu'il venait de pratiquer, posa sa main sur l'épaule de la captive et l'attira à lui. Les liens la retenaient: il s'en aperçut bien vite, les trancha silencieusement, puis, d'une voix plus basse qu'un souffle, il lui dit:

—Donnez-moi l'enfant!

—Qui êtes-vous? demanda Manonie.