—Ah oui! comme je vais l'embrasser!

—Ils seront tous ici dans une demi-heure.

A cet instant Manonie apparût sur la porte de la cabane.

—Voyez! là-bas dans la vallée! s'écria-t-elle avec une exaltation joyeuse; voilà nos amis qui arrivent! voilà le bonheur!

Elle n'avait pas achevé ces paroles qu'un tourbillon de Sauvages s'élança de derrière les rochers environnants. Quindaro écrasé par vingt guerriers, se vit renversé et maintenu sur le sol, pieds et poings liés, en dépit d'une résistance désespérée et de ses efforts surhumains.

La malheureuse Manonie était de nouveau prisonnière, et avec elle l'homme dévoué qui avait bravé tant de périls pour la délivrer. Mary Oakley fut également garottée. Sa mère eût un meilleur sort: elle fut renversée d'un coup de tomahawk; son âme innocente et pieuse, devenue libre à jamais, pût prendre son vol vers le séjour des anges.

Wontum s'était aperçu de la fuite de Manonie peu d'heures après son évasion: avec son infernale perspicacité qu'aiguisait la rage, il parvint à découvrir la fuite des fugitifs et se lança à leur poursuite.

Accompagné de sa terrible bande, il était arrivé à la cabane de l'Ermite peu d'instants après ses victimes: mais la crainte superstitieuse que les Pawnies avaient du vieillard, les empêcha de violer l'asile choisi par Manonie: ils attendirent qu'elle en fût sortie.

Pendant que Walter et Mary causaient paisiblement, insoucieux du péril ignoré, les yeux de Wontum, fascinateurs et funestes comme ceux du serpent à sonnettes, couvaient cette double proie, objet d'une haine mortelle. Il reconnaissait le libérateur de Manonie; il reconnaissait la meurtrier de l'Indien trouvé gisant au pied du rocher; il reconnaissait l'homme détesté et redouté qui, depuis si longtemps, semait la mort et l'effroi parmi les tribus Sauvages.

Du même coup d'œil, Wontum voyait arriver les troupes dans la vallée lointaine. L'heure était propice pour la vengeance et le triomphe.