Wontum sentit un mouvement d'inquiétude lui traverser l'âme:
—Ugh! que fera la squaw à la face-pâle? Elle n'est qu'une femme, une femme, une vile squaw!
—Je vous tuerai, horrible cannibale! Je jetterai votre âme en pâture au méchant esprit, afin qu'il la tourmente éternellement!
L'Indien grimaça un sourire moqueur. Mais il ne pût dissimuler le malaise qui s'était emparé de lui, et durant tout le reste du voyage il évita de se tenir près de la jeune fille. A défaut d'armes apparentes, il la croyait en possession de pouvoirs surnaturels et invisibles.
Il était presque nuit lorsqu'ils arrivèrent à Devil's Gate. Toute la population Indienne y était en grande agitation: les guerriers se tenaient prêts à une bataille; les uns, cachés derrière les arbres et les rochers; les autres, dans les cavernes qui bordaient l'étroit défilé.
Les troupes, déjà arrivées, avaient engagé l'action par une chaude fusillade; mais elle avait produit un médiocre effet.
L'arrivée de Wontum fit reprendre courage aux Pawnies; ils étaient en fort petit nombre attendu qu'une guerre venait d'éclater entre eux et les Sioux leurs ennemis naturels: cette circonstance avait conduit hors de la montagne une grande quantité de combattants.
Leur chef, Nemona, retenu par ses infirmités, n'avait pu prendre part à l'expédition. Il désirait avec anxiété négocier la paix avec les Blancs, afin de pouvoir tourner toutes ses forces contre les Sioux; mais plusieurs notables de la tribu, instruits du carnage de leurs frères au Pic Laramie, lui faisaient une rude opposition.
Wontum, en se présentant, ne fit que confirmer tous ces sentiments hostiles. Il avait quitté le Fort avec deux cents guerriers; il en ramenait à peine soixante. A la vérité, il avait fait quatre prisonniers; mais on ne rapportait pas une chevelure: quelques Blancs avaient été scalpés à l'affaire de Laramie; ces trophées enlevés aux morts avaient été perdus dans la suite du combat.
Lorsque la nuit fut entièrement tombée, les prisonniers furent enfermés dans une caverne étroite, et soigneusement gardés à vue. Le bruit s'était répandu dans la peuplade entière que Quindaro—le Démon de la Montagne comme ils l'appelaient—était au nombre des captifs. Cette nouvelle avait enivré de joie les Pawnies: on dansa, on chanta, on hurla à faire crouler les rochers. Toute la nuit il y eût à l'entrée de sa prison des groupes de curieux, avides de voir l'homme qui avait été si longtemps leur terreur, et qui, jusque-là, avait su leur échapper.