—Des centaines! Ils veulent brûler la place comme ils ont fait pour Sandusky.
—Les femmes sont d'étranges choses! répliqua mentalement Basil; comment sait-elle tout çà?—Comment se fait-il que vous me disiez ces choses? lui demanda-t-il à haute voix.
Une expression de reproche traversa les yeux noirs de Mariami, elle les baissa en silence. Mais au bout d'une seconde elle répondit de sa voix douce et musicale:
—Vous m'avez sauvé la vie: est-ce que je pourrai jamais vous oublier?
Une indescriptible émotion fit frissonner Veghte; comme s'il n'eût pas compris la jeune fille, il lui demanda après un moment de réflexion:
—Enfin! venez-vous pour me sauver, ou pour sauver l'enseigne Christie et le reste de la garnison?
—Pour les uns et pour les autres. Mais je voudrais surtout vous sauver.
Sachant à peine ce qu'il faisait, Basil s'avança comme pour l'embrasser cordialement, en récompense de ses bons sentiments,—c'était tout ce que le brave Forestier pouvait imaginer de mieux.—A sa grande surprise elle se recula avec un petit air de dignité offensée.
—Non! non! dit-elle d'une voix effarée.
—Ah! ma foi! je ne voulais ni vous offenser, ni vous faire aucun mal, répondit-il tout mortifié.