—Qu'en résulterait-il si c'était vrai?

—Pourquoi m'avez-vous caché cela lorsque je l'ai apportée ici?

—Comment voulez-vous que je vous l'eusse dit, puisque je n'en sais rien moi-même.

—Enfin! vous la connaissez, vous savez qui elle est?

—Je sais le nom qu'elle vient de dire: Mariami.

—Eh bien! moi, je soutiens que vous n'ignorez ni d'où elle vient, ni les circonstances dans lesquelles on l'a laissée seule dans ce bois.

—Doucement, doucement! ricana Johnson, où, diable! voulez-vous que j'aie puisé toute cette science? J'ai rencontré pas mal d'Indiens dans ma vie, parmi eux pouvait être cette fille; observez-la, du reste; elle nous dévore des yeux comme si nous étions pour elle de vieilles connaissances. Je puis dire, même, une chose: c'est que, peut-être, je l'ai vue quelque part, mais où? mais quand? Impossible.

—Je voudrais bien que la mémoire vous revînt; vous ne sauriez croire quelle est ma curiosité à son égard. Vraiment je ne me suis jamais senti si curieux.

—Vous lui portez beaucoup d'intérêt; je vous en félicite, maître Basil! répondit Johnson avec un regard étrange qui réveilla tous les soupçons du forestier.—Chut! ajouta-t-il en baissant la voix, elle s'endort.

En effet, les grands yeux noirs de la pauvre enfant se fermaient, et un sommeil paisible descendait sur elle. Elle en avait assurément besoin après les épreuves qu'elle venait de traverser, et qui eussent brisé toute jeune fille d'une autre race.