—Il doit être minuit passé.

—Si nous essayions de faire un petit sommeil? fit Johnson en baillant.

—C'est une proposition dont je ne suis pas ennemi.

—Eh bien! disposons-nous pour cela. Tout porte à croire que nous ne serons pas dérangés par quelque nouvelle visite: en tout cas nous saurons bien nous réveiller au moindre bruit. Le feu ne s'éteindra pas, il y a assez de bois pour l'alimenter jusqu'au jour.

—Oui, oui! tout va bien; dormons.

Avant de s'étendre sur son lit de broussailles, Basil alla inspecter l'Indienne pour s'assurer qu'elle était assez chaudement protégée contre la température de plus en plus glacée; puis il empila sur le foyer une quantité de bois formidable, destinée à brûler pendant plusieurs heures sans être renouvelée.

—Je m'éveillerai bien sûr lorsqu'il baissera, dit-il; nous ne serons point engourdis par le froid, et quant à moi, je ne me sens pas gelé du tout.

—La fille Indienne n'aurait pas dit ça tout-à-l'heure. Je suis bien aise que vous ayez le sommeil léger, car lorsque je dors, je m'acquitte de cette fonction avec un si grand courage que je suis fort long à m'éveiller.

Leurs préparatifs furent bientôt faits. Ils n'avaient, entre eux d'eux, qu'une couverture, car Veghte avait donné la sienne à l'Indienne; mais cet abri leur suffisait pourvu qu'il les garantît de la neige. Ils construisirent à la hâte un toit de branches, le recouvrirent avec la couverture, s'étendirent moelleusement dessous, et un quart d'heure après ils dormaient.

Au bout d'une heure, environ, Basil s'éveilla sans savoir pourquoi. Son sommeil avait été si profond qu'il fut quelques moments à reprendre sa présence d'esprit, et à discerner ce qui se passait autour de lui. Il lui sembla cependant entendre le bruit furtif de plusieurs voix parlant tout bas.