—Oh! il n'y a pas besoin... murmura Ed; il est trop tard, le poison a commencé son œuvre diabolique. Oh! quelles souffrances! Oh! cher... cher ami! comment pouvez-vous être si imprudent?

—Pardonnez-moi, Ed! avant de mourir,... si toutefois vous succombez; répliqua l'autre qui avait toutes les peines du monde à se contenir. Enfin, peut-être en réchapperez-vous, mon bon, mon vieux camarade: Allons, vivement, avalez-moi ce lard;—il n'y a pas une minute à perdre:—avalez vigoureusement.

Tout mourant qu'il se croyait, Ed eut la force de penser que dévorer à plein gosier une demie livre de lard froid était une opération pénible et ardue. Néanmoins il essaya d'en grignoter un petit morceau, perdit courage, et se laissa tomber sur le lit, désespéré.

—Il ne faut pas vous décourager ainsi, Ed, dit Flag avec autorité; essayons de l'huile, ce sera plus facile à avaler. Allons! de l'énergie!... que diable! vous êtes un homme, je pense!

Ainsi pressé jusque dans ses derniers retranchements, Ed fit un effort désespéré et avala d'une seule gorgée tout le nauséabond contenu de la cruche qui lui était présentée.

—Est-ce qu'il n'y en a pas assez, là, pour me tirer d'affaire, docteur? demanda le patient qui, à ses souffrances imaginaires, sentait se joindre une horrible plénitude d'estomac.

—Je ne sais trop... trouvez-vous ce remède-là plus aisé à prendre que le lard?

—Oh non! je ne trouve pas cela commode du tout. Il me semble que si le lard était fondu ou coupé en petits morceaux je l'avalerais plus facilement. Mais, j'y pense, si l'un de vous me frictionnait la poitrine.

Squire et Flag se mirent à le frotter d'importance, outrepassant même de beaucoup ses désirs. En même temps Doc fit fondre du lard, dans un vaste bol, sur la flamme de la chandelle, car le feu était éteint.

—Je... je... trouve que les frictions me font du bien, bégaya la triste victime en cherchant à reprendre haleine sous les poings furibonds de ses amis.