Cette déclaration avait quelque chose de si inattendu, et en même temps de si extraordinaire, qu'Allen faillit perdre contenance: il se trouva surpris et ému comme une jeune fille; en même temps, cette situation lui parut presque inconvenante: mais ce dernier sentiment se dissipa comme un furtif nuage, surtout lorsqu'il eût envisagé pendant quelques instants la pure, chaste et naïve figure de celle qui venait de lui parler ainsi.

—Je suis heureux, bien heureux de ce que vous me dites, répondit-il d'une voix émue; car, moi aussi, je vous aime tendrement.

L'innocente Alice ne fit aucune attention à la nuance exprimée par les derniers mots du jeune homme. Elle ne comprit qu'une chose, c'est que leur amitié était mutuelle; aussi elle lui sourit avec la franche joyeuseté d'un enfant qui répond à une caresse maternelle.

—Avez-vous de bonnes nouvelles de mon père? demanda-t-elle ensuite.

—Non, chère miss. Mais je peux vous confier un consolant secret: vous le garderez, pour vous seule, et n'en parlerez à personne. Je regarde comme certain que votre père sera acquitté: j'ai l'œil sur un homme qui, pour moi, est le vrai coupable. Je ne saurais vous en dire davantage; mais vous pouvez me croire, il y a toute certitude que je ne me trompe pas.

Alice ne put répondre; cette soudaine invasion de plusieurs bonheurs inespérés lui remplissait l'âme, et débordait en pleurs de joie.

—Oh! miss, murmura Allen, ne soyez donc pas si reconnaissante envers moi; je ne suis que l'instrument de la Providence.

—Oui, oui, insista-t-elle en lui adressant un regard angélique, vous êtes pour moi, pauvre orpheline, un envoyé du ciel.

Tout a coup une voix cordiale et bien connue s'écria vivement à la porte:

—Eh bonjour! M, Allen, comment ne vous ai-je pas vu entrer?... trouvez-vous qu'elle va mieux notre intéressante petite malade? Excusez-moi; je vais revenir dans une minute.