Ainsi, dans cette rustique et prosaïque demeure, Alice avait su faire régner une atmosphère de propreté, d'ordre, de distinction, d'élégance même, où l'œil le moins délicat trouvait aussitôt un reflet des précieuses qualités déployées par la jeune ménagère.
Mais, au fond, le contraste était frappant; il était pénible de songer qu'une si aimable enfant se trouvait condamnée à hanter pareille demeure.
Très-probablement des pensées de ce genre vinrent en esprit à Thomas Newcome. Il se rendit involontairement justice, en regardant d'un œil furtif la pauvre Alice qui meurtrissait ses petites mains en s'efforçant de tirer à elle les lourds volets pour opérer la fermeture quotidienne de la maison.
Probablement, dans l'âme sordide de ce manant, s'éleva un cri de la conscience, lorsqu'il se demanda quelles seraient les appréciations de la Gentry civilisée, si cette jeune fille lui apparaissait malheureuse, déclassée, courbée sous la froide étreinte de la misère et de l'abandon.
Mais tout, chez cet homme, aboutissait à la colère. Il secoua violemment ces idées importunes, se leva en sursaut et jetant sa chaise sur le plancher, avec un bruit infernal, il se mit à marcher de long en large, suivant son habitude, comme un ours dans sa cage.
—Au lit! fille! au lit! s'écria-t-il enfin; je veux déjeuner demain matin, de bonne heure; car il faudra aller tenir tête à ces rogneurs de terre. S'ils ont besoin d'une leçon je leur en donnerai une: au point du jour je serai en observation, et malheur à eux si je trouve un seul poteau déplacé!
Jamais Alice n'avait vu son père déployer une telle violence. Toute tremblante, elle se retira, sans mot dire, dans le sombre réduit qui lui servait de chambre à coucher. Thomas s'étendit sur un banc dans la pièce commune: bientôt le silence—sinon le sommeil—régna sous le triste toit de ces deux misérables créatures.