J'avais à cette époque vingt-cinq ans à peine. Après avoir longtemps erré dans les solitudes du Sinaloa et de la Sonora, me trouvant riche de plusieurs milliers de piastres, l'idée m'était venue d'abandonner pour quelque temps la vie sauvage du chasseur des grandes savanes, et d'aller pendant quelques mois m'endormir dans les délices si vantés de la grande métropole mexicaine.
Après avoir changé mon or contre une lettre de crédit sur une des premières maisons de banque de la capitale de la République, et m'être muni de plusieurs lettres de recommandation, ce viatique des voyageurs dans l'embarras qui veulent se lancer dans le monde, je me mis en route pour Mexico, où j'arrivai par une belle matinée du commencement du mois de mai, sans que, par un hasard singulier, il me fût arrivé aucune aventure désagréable pendant un voyage de près de deux mois, fait seul et à cheval à travers les provinces les plus mal famées de la République.
Ma première visite en entrant dans la ville fut naturellement pour mon banquier.
Après m'être fait compter une somme assez forte sur ma lettre de crédit, comme le commis principal de la maison auquel je m'étais adressé me paraissait être un homme du meilleur monde, fort aimable et surtout fort au courant des affaires de la ville, j'exhibai mes lettres de recommandation, et je les lui présentai, en lui disant avec un sourire que j'essayai de rendre le plus gracieux possible:
—Excusez-moi, monsieur, mais vous vous êtes montré si courtois envers moi, que je me hasarde, si ce n'est pas abuser de votre complaisance, à vous demander, non pas un service, le mot serait peut-être trop ambitieux mais certains renseignements qui me sont indispensables.
—De quoi s'agit-il, monsieur? me répondit le commis de l'air le plus bienveillant; je serai heureux si vous me procurez l'occasion de vous être agréable.
—Figurez-vous, monsieur, répondis-je, que je suis une espèce de sauvage; je n'ai aucune expérience de la vie civilisée; cette fois est la première que je mets le pied dans une grande capitale et je ne crains pas de vous avouer tout franchement que l'aspect de vos rues magnifiques, de vos monuments splendides, de vos équipages brillants et de tant d'autres choses que je ne connaissais pas, a produit un tel effet sur moi, que je ne sais plus où j'en suis; je crois marcher comme dans un rêve.
—Oh! Cet étourdissement vous passera vite, monsieur, me répondit le jeune homme en souriant, lorsque vous aurez vu les choses de près. C'est surtout pour le Mexique qu'a été fait le proverbe: «Tout ce qui reluit n'est pas or.»
Avant deux jours, vous serez complètement remis de votre étonnement, et ce que vous trouvez aujourd'hui si extraordinaire ne vous paraîtra plus que très naturel.
—Dieu veuille que vous disiez vrai, monsieur, répondis-je. Mais comme je me ferais un scrupule d'abuser de vos moments, si vous me le permettez, je vous exposerai tout de suite ma requête.