—Touchez-là, vous êtes un homme! s'écria vivement don Luis; je vous remercie de cette pensée. Moi non plus, je ne veux pas avoir de secrets pour vous; le même motif que le vôtre, à peu près, me conduit à Mexico, avec cette différence toutefois que moi j'y vais dans l'intention de sauver don Juan qui, ainsi que vous le savez, est mon beau-frère et que j'aime beaucoup.
—Don Juan Palacios est innocent et ne peut courir aucun danger!
Le jeune homme jeta un regard investigateur autour de lui, alluma une cigarette, se leva, et me faisant signe de le suivre:
—Venez donc faire un tour dehors, me dit-il; le temps est magnifique, et de la façon dont s'y prend notre hôte, nous ne mangerons pas avant une heure.
Je me levai et le suivis sans faire d'observations.
Après trois ou quatre tours sur la large esplanade qui s'étend devant le rancho, don Luis me dit tout à coup:
—Caray! Vous êtes un honnête homme! Je ne veux pas vous tromper.
—Que voulez-vous dire? m'écriai-je.
—Ceci, tout simplement: vous croyez don Juan innocent? Eh bien, il est coupable, très coupable même, et voilà justement pourquoi je veux le sauver. Tant que nous n'avons eu affaire qu'à des Jueces de letras poltrons, et que le gouverneur lui-même encourageait dans leur poltronnerie, naturellement nous n'avions qu'à laisser aller les choses; mais aujourd'hui tout est changé. Je connais de longue date don Melchior Céspedes; c'est un homme d'une rare énergie; il est furieux de l'avantage que nous avons pris sur lui en réussissant à le renverser; il a fait le serment, si jamais il revenait au pouvoir, de se venger du tour que nous lui avons joué. Don Melchior est connu pour tenir ses serments. Pendant les dix-huit mois qu'il a passés dans l'obscurité, il n'a pas interrompu un seul instant ses recherches et ses investigations, si bien qu'il arrive aujourd'hui armé de toutes pièces, et ayant en main les preuves qui lui manquait la première fois. Il est évident pour tout le monde que don Juan sera condamnée à mort. Or, il ne faut pas que don Juan meure. S'il se sentait abandonné, il pourrait parler, et ses révélations seraient terribles. Savez-vous, cher don Gustavo, qu'en ce moment, Mexico se partage en deux camps égaux: les voleurs et les volés?
—Oh, oh! interrompis-je, cela est impossible!