Ses cheveux étaient de la même nuance mate, et leurs épais bandeaux encadraient son gracieux visage, d'un ovale parfait; son nez légèrement courbé, sa bouche mignonne aux lèvres roses, laissant voir en s'entr'ouvrant le chapelet de perles de ses dents, tout cela réuni lui formait la plus saisissante beauté qui se puisse imaginer.

Et puis, comme tous les enfants de son âge, elle était folle, rieuse, fantasque, bizarre, capricieuse.

Douée d'une sensibilité exquise, elle avait un tact parfait et par-dessus toute une âme aimante.

M. Milher avait trop d'expérience de la vie pour ne pas s'être aperçu, dès le premier moment, de l'impression profonde que la jeune fille avait produite sur Loïck Legoff; mais renfermant ses observations au fond de son cœur, il suivait silencieusement les péripéties de cet amour, qu'il voyait grandir; et, loin d'y mettre obstacle, il semblait au contraire le protéger tacitement.

Frédérique, elle aussi, avait deviné l'amour de Loïck.

La jeune fille la plus naïve et la plus pure possède à cet égard une espèce de prescience inexpliquée qui l'avertit par intuition et ne la trompe jamais.

Le cœur de la jeune fille avait doucement battu de plaisir à l'hommage timide et respectueux du capitaine, et peu à peu, à son insu, sans qu'elle-même devinât comment cela était arrivé, elle se surprit à l'aimer, elle aussi.

Loïck avait prolongé le plus possible son séjour à Mazatlán, trouvant chaque jour un prétexte plus ou moins plausible pour retarder son départ.

Cependant le moment arriva où il fallut prendre congé de M. Milher et de sa fille. Doué de sentiments trop délicats pour chercher à séduire une enfant qui, dans sa naïve franchise, semblait pour ainsi dire s'abandonner sans défense à sa passion naissante; trop amoureux pour avoir le courage de s'éloigner de celle qu'il aimait sans chercher à connaître son sort et à savoir si tout espoir d'être heureux un jour lui était ôté, il résolut de faire auprès de M. Milher une démarche décisive, dût cette démarche briser son cœur et le rendre malheureux à jamais.

C'était là que l'attendait le veillard.