Combien de jours, combien de semaines, combien de mois se passèrent ainsi dans une attente fébrile!
Nul n'a pu compter encore le nombre de siècles renfermés dans une minute pour celui qui souffre et qui attend.
Et pourtant, Loïck ne désespérait pas.
Il formait les projets les plus insensés pour s'unir à Frédérique, projets auxquels leur impossibilité flagrante le forçait à renoncer pour en former d'autres, plus insensés encore.
Un soir que, la tête basse et le front pensif, il se promenait sur la plage de San Francisco, en regardant machinalement les navires qui, au coucher du soleil, donnaient dans la passe, un coureur indien qui le suivait depuis quelques instants et l'examinait avec soin l'arrêta par son habit au moment où il faisait signe à une embarcation de venir le prendre.
Il voulait retourner à bord et y passer la nuit.
Un capitaine filibustier nommé Walker avait traité avec lui, le jour auparavant, pour le passage à bord de l'Épervier de deux cents hommes qui voulaient tenter un débarquement à la Nouvelle Grenade.
En se sentant retenir par son habit, le capitaine se retourna vivement.
—Que veux-tu? demanda-t-il en espagnol, langue qu'il parlait très purement, en s'adressant au coureur indien.
Sans répondre, le coureur brisa un bâton qu'il tenait à la main. Ce bâton était creux; il en retira un papier roulé qu'il présenta à Loïck.