—Vous êtes un niais, répondit l'inconnu en haussant les épaules; si j'avais l'intention de vous trahir, ce serait déjà fait. Vous voulez enlever votre fiancée; moi, je veux me venger de mon ennemi. Pour réussir, j'avais besoin de vous comme vous avez besoin de moi. Ma haine vous répond de ma fidélité à vous servir. Venez.

Et sans ajouter un mot, il se mit à la tête de la petite troupe, qui s'engagea sur ses pas dans un chemin profondément encaissé entre deux collines, où elle ne tarda pas à disparaître.

Pendant que les incidents que nous rapportons se passaient sur la plage, deux personnes, un homme et une femme, réunis dans un salon assez richement meublé, avaient entre elles une conversation qui, à voir l'expression enflammée de leurs visages, devait être des plus orageuses.

Une de ces personnes, que nous connaissons déjà, était Frédérique Milher.

La jeune fille était pâle. Elle paraissait souffrante. Ses traits fatigués et ses yeux rougis montraient qu'elle avait abondamment pleuré.

L'autre était un homme de 60 ans à peu près, d'une taille haute et musculeuse. Sa physionomie était dure, sombre et cruelle. Il avait la lèvre railleuse et le regard cynique. Son front déprimé, ses yeux rapprochés du nez et ses pommettes saillantes lui donnaient une certaine ressemblance avec la race féline.

Ce sombre personnage était le général Timpfler, oncle maternel de la jeune fille.

Il portait un magnifique uniforme d'officier supérieur mexicain, et marchait à grands pas dans l'appartement, en mordillant sa moustache grise et en faisant résonner avec colère ses éperons sur le parquet.

—Prenez garde, Frédérique, dit-il en s'arrêtant vers sa nièce, vous savez que je brise qui me résiste. Pour la dernière fois, consentez-vous à me dire pourquoi ces refus continuels?

—Qu'ai-je besoin de vous en faire connaître la raison, mon oncle?