Le bandit, tout en faisant caracoler son cheval au milieu de la foule, insultait par ses sarcasmes les peones qui se pressaient autour de lui et essayaient de lui arracher sa victime.

Tout à coup une jeune fille, ou plutôt une enfant, pale, échevelée, et brandissant de sa main débile une hache trop pesante pour son bras, se jeta résolument à la tête du cheval du bandit.

—Mon frère! Rends-moi mon frère! s'écria la malheureuse jeune fille d'une voix stridente.

—Ton frère, s'écria-t-il avec mépris; ton frère, viens le prendre! Il est à moi, maintenant; nul ne l'arrachera de mes mains.

En même temps que la jeune fille, un homme s'était élancé: cet homme, c'était Juan Cabral.

Le bandit eut un ricanement de tigre et leva son fusil, dont il s'était fait une massue.

Je ne sais ce qui se passa en moi en ce moment terrible, mais, sans même réfléchir ou songer à ce que je faisais, machinalement j'épaulai mon rifle et je lâchai la détente.

Le coup partit. Le bandit proféra une dernière malédiction et roula sur le sol.

Il n'était que blessé, cependant; mais, avant qu'il pût se relever et que le padre Sebastian eût le temps d'intervenir, déjà cinquante bras s'étaient tendus vers le misérable, et, moins d'une minute après, il se tordait dans les dernières convulsions de l'agonie, pendu à la maîtresse branche d'un superbe magnolia planté au milieu de la place de la Mission.

Don Miguel, délivré de ses liens, était, avec sa sœur, agenouillé près de Juan Cabral, dont le padre Sebastian soutenait la tête et qui gisait sur le sol, le crâne fendu.