—Le Cœur-Bouillant est le premier sachem de sa tribu; il a sauvé la vie de Flora, qu'il nomme la Gazelle blanche des savanes; il est maintenant le frère de celle qu'il a rendue à la vie; le sachem ne veut-il pas embrasser sa sœur?
Le Cœur-Bouillant, malgré cette impassibilité de commande dont les Indiens se font une gloire, ne put réprimer l'émotion qu'il éprouvait; il la laissa éclater sur son visage.
Il se pencha sur la jeune fille, imprima un respectueux baiser sur son front, puis il se redressa, enleva un des bracelets d'or qui cerclaient son poignet, et, le présentant à la jeune fille:
—La Gazelle blanche est la sœur d'un chef, dit-il. Que nul ne l'attaque, car il saura la défendre. Que ma sœur garde le bracelet; il sera un signe entre elle et le Cœur-Bouillant; si quelque jour un ennemi attaque ma sœur, le Cœur-Bouillant viendra.
L'enfant détacha un collier de perles qu'elle portait au cou, et le présentant au guerrier:
—Frère, lui dit-elle, voici le signe de votre sœur.
—Vous n'avez ici que des amis, chef, lui dit doucement doña Juana.
—Pourrait-il en être autrement? répondit le chef avec courtoisie.
Il s'inclina alors et sortit de la chambre à coucher, suivi par don Melchior.
Avec son instinct inné des convenances, le sachem avait compris que la mère et la fille devaient rester seules, pour se livrer sans contrainte à leurs épanchements.