Le planteur répéta mot pour mot au majordome les paroles qu'il avait dites au sachem, puis il termina en disant:
—Que tous ces objets soient immédiatement retirés des magasins et mis à la disposition de mon fils, le Cœur-Bouillant. Lorsqu'il lui plaira de quitter la demeure de son père, douze mules de charge lui seront prêtées pour conduire ces marchandises à son village. Maintenant, allez; que les ordres que je vous donne soient exécutés sans retard.
Le Cœur-Bouillant arrêta d'un geste don Ramón.
—Mon fils demande autre chose? lui dit don Melchior.
—Une seule, mon père.
—Que mon fils parle; quelle qu'elle soit, cette chose lui est d'avance accordée.
—Que mon père regarde: le ciel est d'un azur profond; il est plaqué d'un semis d'étoiles brillantes; la lune nage dans l'éther; l'ouragan a fui loin de nous. Les guerriers apaches ne sont pas des femmes qui craignent les pâles fantômes des nuits, ils voyagent aussi bien sur leurs chevaux indomptés à la blonde et rêveuse clarté qui tombe des étoiles qu'aux rayons brûlants et resplendissants du soleil. Si mon père le permet, le Cœur-Bouillant n'abusera point plus longtemps de son hospitalité; dans une heure il quittera l'habitation de son père. Que la Tête-Blanche donne donc l'ordre à son serviteur de faire charger les mules; que tout soit prêt pour le départ.
—Eh quoi, mon fils, vous voulez déjà partir?
—Je le désire répondit le sachem en posant l'index de sa main droite sur sa bouche.
—Soit, reprit don Melchior; ma porte est ouverte pour entrer comme pour sortir; mon fils est libre de partir quand cela lui plaira.