Douze mules chargées étaient gardées dans la cour par les quatre guerriers du Cœur-Bouillant, déjà à cheval et n'attendant plus que leur sachem pour se mettre en marche.
Le chef prit une dernière fois affectueusement congé de don Melchior, puis il bondit en selle et se mit à la tête de sa troupe.
Sur un signe du planteur, une porte fut ouverte; les mules sortirent de l'habitation, franchirent à gué, la rivière, atteignirent l'autre bord. Bientôt la troupe voyageuse se confondit avec les ténèbres et s'effaça complètement dans la nuit.
Don Melchior appela alors don Ramón, qui était le majordome de l'habitation, don Seguro, le second majordome, résidant, lui, presque toujours au dehors, car il était plus particulièrement chargé du bétail.
Le planteur donna ses ordres à don Ramón en quelques mots.
Un quart d'heure plus tard, une vingtaine de serviteurs de don Melchior quittaient à leur tour l'habitation; armés de torches flamboyantes, ils s'élançaient à fond de train dans la campagne, et s'éparpillaient dans toutes les directions.
Ils allaient à la recherche de Cardenio et de l'abbé Paul-Michel.
De longues heures s'écoulèrent, heures d'angoisses et de désespoir pour le planteur, pendant lesquelles il demeura immobile, debout sur le seuil de la porte, explorant la savane d'un œil anxieux, cherchant, mais vainement, à percer les ténèbres.
Déjà l'aube commençait à rayer l'horizon de larges bandes nacrées; aucun serviteur n'était encore de retour.
Soudain, des lueurs éparses commencèrent à briller au loin comme des étoiles, devenant de plus en plus distinctes et se rapprochant rapidement de l'habitation.