Ils pouvaient être environ une quarantaine; mais comme leur nombre allait toujours croissant, il était à craindre qu'avant une demi-heure ils seraient au moins cent cinquante.

Il est vrai que jusqu'à ce moment, ils n'avaient fait aucune démonstration hostile contre les voyageurs, qu'ils s'étaient contentés d'escorter en trottinant à une légère distance d'eux.

Mais cette mansuétude, peu ordinaire chez ces animaux qui, de même que le lion de l'Ecriture, couraient «quaerentes quem dévorent», ou, pour parler plus clairement, étaient à la recherche de leur souper, ne devait point, selon toute probabilité, se prolonger bien longtemps.

Il fallait prendre un parti, mais lequel?

Là était la question.

Les coyotes, effrayés par le bruit du coup de feu, éblouis par la flamme de la torche, hésitaient et semblaient se consulter entre eux; avec cet instinct inné chez les animaux qui ont l'habitude de chasser en troupe, ils comprenaient vaguement que la proie qu'ils convoitaient, tout en étant presque à portée de leurs griffes et de leurs crocs acérés, ne serait peut-être pas aussi facile à saisir qu'ils se l'étaient imaginés d'abord.

L'accident malheureux dont le jaguar avait été victime était là comme une preuve à l'appui.

Cependant, l'odeur acre du sang commençait à leur monter aux narines; leurs lèvres se relevaient d'une manière menaçante; ils poussaient quelques hurlements sourds et saccadés qui ne présageaient rien de bon; de plus, ils avaient faim; depuis longtemps le proverbe l'a dit: «Loup affamé n'a pas d'oreilles».

Il n'y avait pas à hésiter.

Au Texas, à l'époque dont nous parlons, tout le monde, qu'il fût prêtre ou citadin, homme ou enfant, marchait armé pour sa défense personnelle. Les voyageurs avaient donc trois coups de feu à leur disposition.