Il hésita.
—Parle sans crainte, mon enfant, dit le prêtre d'un air placide.
—Eh bien, mon père, puisque vous m'y autorisez, j'ajouterai qu'il est méchant comme un âne rouge. C'est un Yankee dans toute la force du terme; un protestant féroce, intolérant, vaniteux; vous ne sauriez vous imaginer, mon père, les tracasseries et les humiliations dont il a accablé les révérends pères Didier et Urbain, vos prédécesseurs.
—Je sais tout ce qui s'est passé, mon enfant, dit tristement le père Michel.
—S'ils sont morts, c'est lui seul qui les a tués; il est terrible, surtout après son dîner, lorsqu'il a absorbé trois ou quatre mesures de whisky et qu'il s'est gorgé de viandes saignantes. Le commandant a juré, en blasphémant comme un païen, selon sa coutume, qu'il viendrait en personne vous intimer l'ordre de cesser votre propagande catholique, qu'il saurait vous contraindre à lui obéir, ainsi qu'il y a contraint tous ceux qui sont venus avant vous à Castroville.
—Est-ce tout ce que tu as à me dire, mon enfant?
—Oui, mon père, mais je tremble à la pensée du danger qui vous menace.
—Tu as tort, Frasquito; le maître que je sers saura me protéger et me défendre; j'ignore ce qui résultera de la visite que veut me faire le commandant Edward's Strum, mais je puis t'affirmer d'avance qu'il ne me tuera pas, comme il a fait de nos malheureux frères et qu'il ne me contraindra pas à lui obéir. Ainsi, rassure-toi, mon enfant.
En ce moment le galop rapide de plusieurs chevaux se fit entendre en dehors, et plusieurs coups précipités, furent frappés contre la porte de la maison.
—Va ouvrir, Frasquito. Hâte-toi, c'est sans doute quelque malheureux qui réclame du secours; il ne faut pas le faire attendre, dit le prêtre.