Don Melchior terminait sa lettre en annonçant au gouverneur que l'abbé Paul-Michel, curé de Castroville, était parvenu, après mille dangers, à atteindre son habitation; que, dans les circonstances présentes, il ne jugeait pas prudent, vu surtout l'état des chemins et le peu de sûreté des routes, de le laisser retourner à Castroville, et que, par conséquent, si son absence se prolongeait de quelques jours, l'on ne conçut aucune inquiétude sur le digne missionnaire.

Aussitôt que Pedrillo fut parti avec cette lettre, don Melchior de Bartas s'occupa, sans perdre un instant, de mettre l'habitation à l'abri d'un coup de main.

Vers dix heures du matin, le père Paul-Michel se leva; il était frais, calme, dispos, complètement reposé.

Après avoir frugalement déjeuné, selon son habitude, en compagnie des dames, le missionnaire, heureux de voir que la jeune fille était complètement guérie, et supposant que sa présence n'était plus nécessaire à la plantation, manifesta le désir de reprendre, à l'instant même, le chemin de Castroville, où, dit-il, il avait donné rendez-vous à une personne qui devait l'attendre à son presbytère.

Mais alors doña Juana et sa charmante fille lui firent confidence de l'attaque projetée contre elles et du danger qui les menaçait.

—N'est-ce pas, padre, dit alors la fillette d'un ton de supplication, n'est-ce pas que vous ne voudrez point nous abandonner dans des circonstances aussi graves?

—Non, certes, chère petite, s'écria vivement le missionnaire, ma place est près de vous dès qu'un danger vous menace.

—Ah! Je le savais bien, moi, s'écria joyeusement Flora.

Elle lui sauta au cou et l'embrassa sans laisser au bon prêtre le temps de se reconnaître.

—Je vous demanderai seulement la permission, reprit-il, d'envoyer un exprès à Castroville, afin de prévenir de l'impossibilité dans laquelle je me trouve d'y retourner aujourd'hui.