En moins de quelques secondes, sauf trois personnes qui n'avaient point fait un mouvement, un geste pour fuir, la chambre était vide. Toutes les autres femmes s'étaient enfuies.
Ces trois personnes étaient: le missionnaire, doña Juana et sa fille.
—O mon père! Mon père! s'écria doña Juana avec désespoir, nous sommes perdus.
—Fuyez, fuyez, señor padre, dit en même temps Flora, ou sans cela les païens vous tueront.
—Ayez confiance en Dieu, mes enfants, dit le
missionnaire d'une voix calme; si je ne puis vous sauver, au moins mourrai-je avec vous!
Les Sioux-Bisons étaient demeurés un instant immobiles sur le seuil de la porte, saisis peut-être malgré eux, d'admiration à la vue du tableau touchant qui s'offrait subitement à leurs yeux.
Mais cet instant d'arrêt n'eut que la durée d'un éclair; ils se précipitèrent tous ensemble dans la chambre, s'élançant vers les deux femmes.
Alors il se passa un fait étrange, incroyable, inouï.
Par un mouvement rapide comme la pensée, le missionnaire s'était brusquement placé devant les deux femmes agenouillées et à demi-évanouies sur le sol; puis, d'un pas ferme, calme, assuré, les regards pleins d'éclairs, le front rayonnant d'une sainte auréole, il avait marché résolument au devant des Peaux-Rouges en leur présentant le crucifix, comme s'il eût à la main l'épée foudroyante de l'ange exterminateur.