—Non, mon père, répondit vivement le jeune homme; celui qui nous a sauvés tous, par son dévouement, son abnégation et son courage, c'est le saint homme que vous voyez là!

Il désigna d'un geste rempli de noblesse le père Paul-Michel, qui s'avançait calme et souriant vers le groupe, suivi à quelques pas par l'inconnu.

—Je n'ai été qu'un instrument faible, mais docile, aux mains du Seigneur, à qui toute gloire doit revenir, répondit en souriant le missionnaire, mais ma tâche n'est pas accomplie encore.

Et jetant un long regard sur l'inconnu immobile et silencieux à son côté:

—Il me reste un dernier devoir à accomplir, ajouta-t-il, devoir bien doux à mon cœur, puisqu'il m'est possible de faire, d'un mot, de ce jour commencé d'une façon si terrible, un jour de bonheur sans mélange pour vous.

—Parlez, parlez, padre, s'écrièrent à la fois don Melchior, sa femme et ses enfants.

—Écoutez-moi donc, reprit-il doucement, et adorez avec moi les voies du Seigneur et les moyens dont il se sert pour rendre heureux ceux qui le servent avec un cœur pur et une foi sincère. Don Melchior de Bartas...

Mais au même instant un hourrah formidable retentit de l'autre coté du bois devant lequel ils étaient rangés en bataille, et les crépitements d'une fusillade bien nourrie se firent entendre.

—Aux armes! cria don Ramón d'une voix retentissante.

Chacun se hâta de reprendre son poste de combat. Seuls, Cardenio et le missionnaire entraînèrent vivement les deux dames, qu'ils mirent à l'abri derrière un rocher, où elles se trouvèrent parfaitement en sûreté.