--Prenez vos vêtements indiens, dit Sanchez, ils pourront vous servir. Bien. Maintenant suivez-moi, et de la prudence!
Les trois bomberos, les deux jeunes filles et le Pavito sortirent de la grotte et se glissèrent dans l'obscurité comme des fantômes, marchant en file indienne, parfois se courbant jusqu'à terre, se traînant sur les genoux ou rampant sur le ventre et se confondant le plus possible avec l'ombre pour dissimuler leur passage. Singulier et dangereux voyage en pleine nuit et dans ce désert, dont les buissons, en temps de guerre, sont peuplés d'ennemis invisibles!
Sanchez s'était placé en tête, Dona Linda, ivre de ce courage que donne l'amour, rougissait de son sang les ronces du chemin, et pas une plainte ne remuait ses lèvres. Après trois heures d'efforts inouïs, la petite troupe qui suivait les traces de Sanchez, s'arrêta sur les signes du bombero.
--Regardez, leur dit-il, à voix basse, nous sommes au milieu du camp des Aucas.
Tout autour d'eux, aux rayons de la lune, ils voyaient s'allonger les hautes silhouettes des sentinelles indiennes appuyées sur leur lances et veillant, dans une immobilité de pierre, au salut de leurs frères endormis. Un frisson courut dans les membres des jeunes filles. Par bonheur, les gardes, ne redoutant pas une sortie du Carmen, dormaient debout: mais le moindre geste mal calculé ou le moindre faux pas pouvait les réveiller. Aussi Sanchez recommanda-t-il de redoubler de prudence sous peine de la vie.
A deux cents pas devant eux s'élevaient les premières maisons du Carmen, mornes, silencieuses, et, en apparence du moins abandonnées ou plongées dans le sommeil. Les six aventuriers avaient franchi la moitié de la distance, lorsque tout à coup, au moment où Sanchez avançait le bras pour s'abriter derrière une dune de sable plusieurs hommes qui rampaient en sens inverse se trouvèrent face à face avec lui.
Il y eut une seconde d'anxiété terrible.
--Qui vive? demanda une voix basse et menaçante.
--Sanchez le bombero.
--Qui est avec toi?