--Bah! fit Pincheira, un de plus ou de moins, qu'importe!

--Brute! pensa Neham-Outah; il n'a pas compris un mot.

Deux gauchos, aidés par Chillito, frottaient sans relâche avec du rhum les tempes et la poitrine de don Fernando, dont les traits gardaient la rigidité de la mort. Le chef indien tira son couteau de sa ceinture, en essuya la lame qu'il approcha des lèvres du blessé. Il lui sembla qu'elle était légèrement ternie. Aussitôt il s'agenouilla près du corps de don Fernando, releva la manche de son bras gauche et piqua la veine avec la pointe effilée de son couteau. Dernière tentative qui causa une seconde d'attente suprême! Sur la piqûre peu à peu parut et grandit un point noir qui devint bientôt une perle de jais. Cette goutte hésita, trembla et coula sur le bras, poussée par une deuxième goutte qui céda la place à une troisième; puis le sang devint moins noir et moins épais, et l'on vit s'élancer un long jet vermeil qui annonçait la vie. Neham-Outah ne put réprimer un cri de joie: don Fernando était sauvé.

En effet, le jeune homme poussa un profond soupir.

--Continuez les frictions, dit le chef aux gauchos.

Il banda le bras de don Fernando, se releva et fit signe à Pincheira de le suivre dans un autre compartiment de la grotte.

--Dieu a exaucé ma prière, dit le grand chef, et je le remercie de m'avoir épargné un crime.

--Si vous êtes content, répondit le Chilien surpris, je n'ai rien à objecter.

--Ce n'est pas tout. Les blessures de don Fernando, quoique nombreuses, ne sont pas graves; sa léthargie vient de la perte de sang et de la rapidité de la course. Il reprendra tout à l'heure ses sens.

--Bon.