--Je vous réponds d'elle, interrompit dona Linda.

--A la grâce de Dieu! murmura-t-il d'un air de doute.

--Marchons! dit la fiancée de Fernando en s'enveloppant dans les plis d'un large manteau.

Sanchez allait devant elles. Les feux mourants du Carmen éclairaient la nuit dune lueur pâle et incertaine; un silence de plomb pesait sur la ville, interrompu de temps en temps par la clameur rauque des oiseaux de proie qui déchiraient les cadavres indiens et espagnols. Les trois personnages cheminaient parmi les décombres, trébuchant contre des pans de mur croulés, enjambant les corps et troublant l'horrible festin des urubus et des vautours, qui s'envolaient avec de sourds glapissements. Ils traversèrent la ville dans presque toute sa longueur et arrivèrent enfin, après mille détours et mille peines, à l'une des barrières qui faisait face au camp des indiens, dont on voyait scintiller à peu de distance les nombreuses lumières et dont on entendait les cris sauvages.

Le bombero échangea quelques mots avec les sentinelles et passant hors des barrières, suivi des deux femmes, il s'arrêta.

--Dona Linda, dit-il d'une voix entrecoupée, voici le camp des indiens devant nous.

--Je vous remercie, don Sanchez, dit-elle en lui tendant la main.

--Senorita, ajouta Sanchez, qui retint la main de la jeune fille, il en est temps encore; renoncez à votre funeste projet, puisque votre fiancé est sauvé et retournez à San-Julian.

Au revoir! répondit résolument dona Linda.

--Au revoir, mura tristement le digne homme. Toi, Maria, reste avec moi, je t'en supplie.