--Ne m'appelez plus don Juan, senor, dit le jeune homme d'une voix sombre; je suis Neham-Outah, le grand chef des nations patagones.
--Trahison! s'écria le gouverneur. A moi, gauchos, défendez-moi!
--Inutile, colonel, ces hommes sont à moi.
--Je ne me rendrai pas! reprit le gouverneur. Don Juan, ou qui que vous soyez, vous êtes un lâche!
Il se débarrassa par un écart de son cheval de l'étreinte du jeune homme et mit le sabre en main. Le galop rapide de plusieurs chevaux se rapprochait de minute en minute.
--Serait-ce un secours qui m'arrive? dit le gouverneur en armant un pistolet.
--Oui; mais trop tard, répondit froidement le chef Indien.
A son commandement, les gauchos cernèrent le gouverneur, qui en abattit deux. Dès lors, la mêlée devint affreuse dans les ténèbres. Don Luciano, voyant que sa vie était perdue, voulait au moins mourir en soldat, et il se battait en désespéré.
Le bruit du galop croissait toujours.
Neham-Outah vit qu'il fallait en finir, et, d'un coup de pistolet, il cassa la tête du cheval du gouverneur. Don Luciano roula sur le sable; mais, se relevant subitement, il porta à son adversaire un coup de sabre que celui-ci para par un bond de côté.