--Neham-Outah! Neham-Outah!
Le guerrier sourit avec orgueil et prit place au premier rang des chefs. --Le nacurutu (bubo magelanique) a chanté deux fois, dit-il; l'orfraie du Rio-Négro jette son cri lugubre; la nuit touche à sa fin; qu'ont résolu les chefs des grandes nations?
--Il serait utile, je crois, répondit un des Indiens, d'implorer pour le conseil la protection de Gualichu.
--L'avis de mon frère Metipan est sage. Qu'on prévienne le matchi.
Pendant qu'un chef s'éloignait pour prévenir le matchi ou sorcier, un autre chef sortit du cercle, s'approcha de Neham-Outah, lui parla tout bas à l'oreille et revint à sa place. Le toqui des Aucas, qui avait baissé la tête affirmativement, porta la main à son machete et s'écria d'une voix haute et menaçante:
--Yek youri, yak miti (un traître est parmi nous); attention, guerriers!
Un frémissement de colère parcourut les rangs de l'assemblée; chaque Indien regarda à ses côtés.
--Lar hary mutti (il faut qu'il meure)! s'écrièrent-ils tous ensemble.
--Achiéh (c'est bien), répondit Neham-Outah.
Ces mots, échangés en langue indienne que nous reproduisons littéralement, devaient arriver comme un vain son à l'oreille du traître, car le dialecte aucas n'est pas généralement compris par les Espagnols.