--Enfin, vous l'avez voulu, dit Pincheira, qui haussa les épaules avec dépit.
--Patience! répondit Neham-Outah d'une voix profonde.
Pendant ce temps-là, un immense bûcher avait été allumé au pied de l'arbre de Gualichu où les Indiens, dont les craintes superstitieuses s'étaient dissipées avec les ténèbres, s'étaient de nouveau réunis en conseil. A quelques pas en arrière des chefs, les cavaliers Aucas et Puelches formèrent un redoutable cordon autour du conseil, tandis que des éclaireurs patagons fouillaient le désert pour éloigner les importuns et assurer le secret des délibérations.
A l'Orient, le soleil dardait ses flammes; le désert aride et nu se mêlait à l'horizon sans bornes; au loin les Cordillères dressaient la neige éternelle de leurs sommets. Tel était le paysage, si l'on peut parler ainsi, où, près de l'arbre symbolique, se tenaient ces guerriers barbares revêtus de bizarres costumes. A ce aspect majestueux, l'on se rappelait involontairement d'autres temps, et d'autres climats, quand, à la clarté des incendies, les féroces compagnons d'Attila couraient à la conquête et au rajeunissement du monde romain.
Neham-Outah prit la parole au point où la discussion avait été interrompue par t'intervention imprévue du bombero.
--Je remercie mon frère Metipan, dit-il du don de l'esclave blanche. Dès ce jour nos discordes cessent; sa nation et la mienne ne seront plus qu'une seule et même famille, dont les troupeaux paîtront pacifiquement les mêmes pâturages, et dont les guerriers dormiront côte à côte dans le sentier de la guerre.
Le matchi alluma ensuite une pipe, en tira quelques bouffées et la présenta aux deux chefs, qui fumèrent l'un après l'autre, se la passant jusqu'à ce que tout le tabac fut consumé; puis la pipe fut jetée au feu par le matchi.
--Gualichu, dit-il gravement, a entendu vos paroles. Jurez que votre alliance ne se rompra que lorsque vous pourrez fumer de nouveau dans cette pipe déjà réduite en cendres.
--Nous te le jurons!
Les deux ulmenes se placèrent réciproquement la main gauche sur l'épaule droite, étendirent la main droite vers l'arbre sacré et se baisèrent sur la bouche en disant: