--J'ignorais que vous eussiez une soeur, pardonnez-moi, je ne suis point sorcier.

Les cavaliers étaient arrivés. Le capataz mit pied à terre. Les bomberos l'imitèrent et le suivirent dans une grande salle du rez-de-chaussée, où une femme d'un certain âge et d'une belle santé était occupée à égrener du maïs. C'était la mère de don José, la nourrice de don Luis. Elle accueillit les arrivants d'un sourire de bonne humeur, leur offrit des sièges et alla cher un pot de chicha qu'elle posa devant eux.

--A votre santé, senores! dit le capataz après avoir rempli jusqu'aux bords les gobelets d'étain. Le soleil est chaud en diable et cela égaie des voyageurs de se rafraîchir.

--Merci! dit Sanchez qui avait vidé son verre.

--Voyons, qu'avez-vous à me conter? Parlez librement, à moins, ajouta don José, que ma mère ne vous gêne. Dans ce cas, la digne femme passerait dans une chambre voisine.

--Non, fit vivement Sanchez, non! que la senora reste, au contraire: ce que nous avons à dire, tout le monde peut l'entendre, votre mère surtout; nous venons au sujet de notre soeur.

--C'est égal, soit dit sans vous offenser, senor Sanchez, interrompit le capataz, vous avez tort de garder cette enfant avec vous car elle ne peut partager tous les périls de votre vie endiablée; n'est-ce pas, mère?

La vieille dame fit un signe affirmatif, et les deux frères échangèrent un regard d'espérance.

--Vous en ferez ce que vous voudrez, reprit don José; chacun est le maître dans ce monde d'arranger sa vie à sa guise, pourvu que ce soit honnêtement. Mais voyons votre affaire.

--Votre avis, don José, dit Sanchez, nous comble de joie. Vous êtes un homme de bon conseil et de bon coeur.