--Vous n'êtes donc venu ici qu'en passant?
--Pas précisément. Je comptais rester quelques mois ici, comme vous le disiez tout à l'heure, sait-on bien la veille ce qu'on fera le lendemain?
Les deux interlocuteurs, tels que des duellistes habiles, avant d'engager le fer et de se porter des coups décisifs, se tâtaient réciproquement par des feintes vite parées.
--Me sera-t-il permis de présenter mes hommages à dona Linda? demanda don Juan.
--Elle ne tardera pas à venir. Figurez-vous, mon cher voisin, que, par un concours de circonstances extraordinaires, nos venons de nous charger d'une jeune fille d'une rare beauté qui dix ans, a été l'esclave des Indiens, et que ses frères nous ont amenée, voici une heure à peine, après l'avoir miraculeusement sauvée des mains des païens.
--Ah! fit don Juan d'une voix étouffée.
--Oui, continua don Luis sans remarquer l'émotion du jeune homme. Elle se nomme Maria, je crois; elle parait fort douce; vous connaissez ma fille, elle en raffole déjà, et en ce moment elle est en train de la débarrasser de ses affublements indiens et de la vêtir d'une façon présentable.
--Fort bien, mais êtes-vous sûr que cette femme soit ce qu'elle semble être? Les Indiens sont fourbes, vous ne l'ignorez pas, et cette...
--Maria.
--Cette Maria est peut-être une espionne indienne.