—Je l'espère, mais vous ne m'avez demandé que quelques minutes d'entretien, elles sont presque écoulées, dispensez-vous donc, señor, de me parler davantage, car je ne vous répondrai plus; d'ailleurs, je sens, au mouvement du palanquin, que vos bandits reprennent leur route.»

En effet, la caravane commençait à descendre le versant de la montagne; le sentier se rétrécissait de plus en plus, et une plus longue conversation devenait matériellement impossible.

«Oh! Malheur sur vous!» s'écria le marquis avec rage.

La jeune fille ne lui répondit que par un éclat de rire moqueur.

Don Roque lui fit un dernier geste de menace, enfonça les éperons dans les flancs de son cheval, le fit bondir en avant et alla se placer au centre de la petite troupe.

Le capitão avait pris pour la marche ses dispositions en soldat aguerri et en coureur des bois expérimenté.

Les soldados da conquista, habitués de longue date à guerroyer avec les Indiens, dont ils connaissaient toutes les ruses, avaient été par lui disséminés en avant et sur les flancs de la caravane, avec ordre d'éclairer la route et de fouiller avec soin les buissons à droite et à gauche.

Les chasseurs métis, formés en une seule troupe compacte, s'avançaient, le fusil sur la cuisse, le doigt sur la détente, l'œil et l'oreille au guet, prêts à faire feu au premier signal.

Les nègres esclaves, dans lesquels, bien qu'ils fussent armés, le capitão, avec raison, n'avait pas grande confiance, formaient l'arrière-garde.

La caravane ainsi disposée ne laissait pas que de présenter une ligne assez étendue et surtout imposante; elle se composait de cinquante-cinq hommes en tout, dont quarante-cinq environ étaient des gens résolus, habitués depuis longtemps à parcourir le désert, et sur lesquels, avec raison, on pouvait compter le cas échéant. Quant aux dix qui restaient, c'étaient des esclaves nègres ou mulâtres qui n'avaient jamais vu le feu, avaient une horreur instinctive des Indiens, et au cas d'une attaque devaient, selon toutes les probabilités, lâcher pied à la première décharge.