«C'est égal, don Diogo, lui répondit-il, ne m'épargnez pas vos leçons, on ne sait pas ce qui peut arriver, peut-être me profiteront-elles.
—A la grâce de Dieu, Excellence. Écoutez-moi bien, voici ce que nous allons faire.
—Je suis tout oreilles.
—Nous ne devons pas nous enfoncer davantage dans le désert avant d'avoir, sur les mouvements de nos ennemis, des renseignements positifs; ces renseignements, moi seul puis les obtenir, en me faufilant parmi eux et en m'introduisant jusque dans leurs villages; d'un autre côté, lorsque leurs éclaireurs qui nous surveillent derrière chaque buisson et épient nos moindres gestes, nous verront nous arrêter et camper aussi hardiment, ils ne sauront que penser de cette façon d'agir; l'inquiétude leur viendra, ils chercheront les motifs de notre conduite, hésiteront et nous donneront ainsi le temps de préparer une vigoureuse résistance. Me comprenez-vous, Excellence?
—A peu près, une seule chose demeure obscure pour moi dans ce que vous m'avez dit.
—Laquelle?
—Vous avez l'intention d'aller vous-même chercher des nouvelles et de vous introduire dans les villages indiens?
—En effet, telle est mon intention.
—Ne croyez-vous pas que ce soit là une grande imprudence? Vous risquez d'être découvert.
—C'est vrai, et si cela arrive, mon sort est décidé d'avance; que voulez-vous, Excellence? C'est une chance à courir, mais il n'y a pas moyen de faire autrement. Cependant, si périlleuse que soit une telle expédition, elle ne l'est pas autant que vous le supposez, pour un homme qui, ainsi que moi, appartient à la race indienne et connaît naturellement les coutumes des hommes qu'il veut tromper; d'ailleurs je n'ai pas besoin d'ajouter, Excellence, que je prendrai toutes les précautions nécessaires pour ne pas être surpris.»