Seules les cabanes des chefs sont exemptes de ce désagrément et abritent aussi bien leurs propriétaires de l'eau que de la chaleur, à cause des nombreuses nattes superposées à différents intervalles, et qui, par ce moyen, deviennent impénétrables.
Chaque village possède une large place, au centre de laquelle s'élève l'arbre dédié au Nunigogigo, ou esprit de vie, auprès duquel les sorciers ou pîaejes viinagegitos, gens qui jouissent d'un immense crédit chez ce peuple crédule et superstitieux, sont sans cesse occupés à faire de bizarres cérémonies et à invoquer l'oiseau prophétique, le messager des âmes, nommé Makauhan, que, bien que demeurant invisible au vulgaire, ils écoutent pendant des journées entières, l'évoquant au moyen d'une espèce d'instrument appelé maraca; puis ils supplient le grand génie de leur expliquer le sens mystérieux des chants qu'ils ont entendus.
C'est au pied de cet arbre que se réunissent les chefs pour délibérer et que se tiennent les grands conseils de la nation, conseils dans lesquels ne se traitent que les questions d'intérêt général.
Contrairement à tous les autres Indiens de l'Amérique méridionale qui ont l'habitude d'enterrer les morts dans les cabanes que ceux-ci ont jadis habitées, les Guaycurus ont, à l'entrée de chaque village, un cimetière général, espèce de grand hangar recouvert de nattes où chaque famille choisit le lieu de sa sépulture.
Les Indiens évitent de passer la nuit auprès de ce cimetière, à cause de la persuasion dans laquelle ils sont que les simples guerriers et les esclaves, étant exclus du paradis, sont destinés à devenir après leur mort des ombres errantes, contraintes à demeurer dans l'enceinte funèbre du cimetière.
Diogo ne savait trop quelle route suivre pour se rendre au village des Payagoas, dont il ignorait, non seulement la position, mais même l'existence.
Comme souvent déjà il s'était trouvé en rapport avec eux et qu'il connaissait leurs usages, il s'était lancé à tout hasard dans la direction que le chef lui avait indiquée, s'attachant à suivre le plus possible le bord de la rivière, convaincu que là seulement il trouverait leur village, si ce village existait réellement, ce dont il n'avait aucune raison de douter après l'assurance que lui en avait donnée Tarou-Niom.
Il galopa ainsi toute la nuit sans s'arrêter, ne sachant trop où il allait et appelant de tous ses vœux le lever du soleil, afin de pouvoir s'orienter.
Enfin le jour parut. Diogo gravit un monticule assez élevé, et de là il interrogea l'horizon.
A trois ou quatre lieues de l'endroit où il s'était arrêté, sur la rive même du fleuve, le capitão aperçut, d'une façon un peu brouillée, il est vrai, mais cependant distincte pour son regard perçant, un amas confus et assez considérable de cabanes, au-dessus desquelles planait un nuage épais de fumée.