—Meilleur pour moi en ce moment. Allons donc sans plus de retard.»

Les deux voyageurs regagnèrent alors le bord de la rivière où, suivant le programme convenu entre eux, ils enlevèrent la bride à leurs chevaux, tout en ayant soin de les attacher par la longe, de peur qu'ils ne s'écartassent; et, après avoir battu les buissons du canon de leurs fusils pour chasser les reptiles, ils s'étendirent sur l'herbe verte et touffue, sous l'ombre protectrice d'un palmier gigantesque, en poussant un soupir de voluptueuse satisfaction.

Le pays au centre duquel s'étaient rencontrés nos personnages étaient loin sous tous les rapports de mériter l'épithète dont l'un deux l'avait flétri; c'était, au contraire, une admirable contrée, dont les paysages grandioses et accidentés ont toujours fait l'admiration des explorateurs, bien rares à la vérité, que l'amour de la science a poussés à les visiter sous tous leurs aspects.

Le Tucumán où se passent en ce moment les événements de notre histoire, est une des contrées les plus heureusement situées de l'Amérique du Sud.

Placée au nord de la province de Catamarca, cette contrée, traversée par une branche des Andes, jouit d'un climat tempéré en été et presque froid en hiver; une grande partie de son territoire se compose d'immenses plateaux ou llanos, couverts d'une luxuriante végétation, entretenue par de nombreux cours d'eau et des rivières considérables qui, ne trouvant pas de débouché, à cause du peu de pente du terrain, y forment de nombreux lacs sans écoulement.

Cette région est aujourd'hui une des plus vastes, des plus peuplées et des plus riches de la Confédération Buenos-airienne.

De l'endroit où les voyageurs s'étaient arrêtés, ils jouissaient d'un coup d'œil enchanteur et voyaient se dérouler devant eux un paysage ravissant: à leurs pieds, une rivière large et profonde serpentait comme un ruban d'argent à travers les plaines couvertes de hautes herbes d'un vert d'émeraude, du milieu desquelles bondissaient à chaque instant des cerfs, des vigognes, jouant par troupes, tandis que les taureaux sauvages levaient leurs larges têtes armées de cornes formidables, et jetaient autour d'eux des regards empreints d'une pensive tristesse; des volées de pigeons et de perdrix volaient dans tous les sens en jetant dans l'air les notes stridentes ou douces de leurs chants, tandis que de magnifiques cygnes noirs s'ébattaient sur la rivière et se laissaient nonchalamment emporter au courant, défilant devant les flamants roses et les hérons, occupés à pêcher sur la rive; d'immenses forêts tenaient tout l'arrière-plan du paysage et s'élevaient, de gradin en gradin, sur les versants lointains des Cordillières, dont les cimes dentelées et couvertes de neiges éternelles se confondaient avec les nuages.

Le soleil répandait avec profusion ses rayons éblouissants sur cette nature primitive et faisait scintiller, comme des millions de diamants, les sables incessamment mouillés des plages de la rivière.

Un calme profond régnait dans ce désert, si vivant et si animé cependant, et du sein duquel s'élevaient, comme un hymne solennel vers Dieu, les chants des innombrables oiseaux blottis sous la feuillée.

Avant que d'aller plus loin et de rapporter la conversation de nos personnages, nous les ferons plus intimement connaître au lecteur en traçant leur portrait en quelques lignes.