Une protestation unanime s'éleva à cette accusation.

«Bien, continua le jeune homme; les mules et les chevaux ont été sellés et chargés par inadvertance, je l'admets; sans songer à mal vous vous prépariez à les emmener avec vous, toujours par suite d'un regrettable malentendu; tout cela, à la rigueur, peut être sinon logique, du moins possible. Mais enfin, en vous révoltant contre un homme qui vous a payé certaines avances et que vous vous êtes engagé à servir loyalement pendant la durée de son voyage, vous aviez des motifs; ce sont ces motifs que je veux connaître. Quels sont-ils? Dites-le moi.»

Une réaction s'était opérée dans l'esprit de tous ces hommes primitifs. Le courage si franc et si vrai du jeune homme les avait séduits malgré eux. A peine eut-il fini de parler que tous protestèrent énergiquement de leur loyauté et de leur dévouement, se pressant autour de lui et l'étouffant presque à force de le serrer au milieu d'eux.

Mais lui, sans rien perdre de son sang-froid et voulant que la leçon fût complète, les éloigna doucement de la main et leur faisant signe de se taire.

«Un instant, leur dit-il en souriant, il ne faut pas qu'un second malentendu vienne nous brouiller de nouveau au moment où nous sommes sur le point de nous entendre; mes amis, qui sont assez éloignés de nous et ne savent pas ce qui se passe, pourraient me supposer en danger et venir à mon aide: laissez-moi donc leur prouver que tout est fini et que je me considère comme parfaitement en sûreté au milieu de véritables caballeros.»

Et prenant ses pistolets par le canon, il les jeta par-dessus sa tête, déboucla son sabre, lui fit prendre le même chemin, puis croisant nonchalamment ses bras sur sa poitrine.

«Maintenant, causons, dit-il, l'œil calme et la lèvre souriante.»

Cette dernière action, d'une témérité inouïe, terrassa littéralement les mutins; ils se reconnurent vaincus et, sans vouloir entrer dans de nouvelles explications, ils s'inclinèrent humblement devant le fier jeune homme, lui baisèrent les mains en lui jurant un dévouement à toute épreuve et se retirèrent aussitôt avec une rapidité qui prouvait leur repentir.

Quelques minutes plus tard, les mules étaient déchargées, les chevaux dessellés et les peones, enveloppés dans leurs ponchos, dormaient étendus devant les feux de veille.

Émile rejoignit ses compagnons, toujours inquiets et immobiles à la place où il les avait laissés, en tordant nonchalamment une cigarette de paille de maïs entre ses doigts nerveux.