—Pardieu, moi aussi; seulement je ne le laisse pas voir. Mais ne parlons plus de cela, nous avons à causer de choses plus importantes, à moins que vous ne préfériez reprendre votre sommeil si malencontreusement interrompu.

—Il me serait impossible de dormir maintenant; je suis donc entièrement à votre disposition.

—Puisqu'il en est ainsi, rentrons dans le rancho, les nuits sont froides, la rosée glacée; il est inutile que nous demeurions plus longtemps en plein air; vous voyez que nos féroces révoltés ont pris bravement leur parti de leur défaite et dorment à poings fermés; ne laissons pas supposer à ceux qui peut-être veillent encore que nous conservons des inquiétudes sur leur compte. Venez.»

Ils rentrèrent dans le rancho, dont le peintre ferma avec affectation la porte derrière lui.

Lorsqu'ils furent assis, le jeune homme déboucha une bouteille de rhum, s'en versa un verre et, après l'avoir goûté, il aspira trois ou quatre bouffées de fumée; puis posant son verre sur la table:

«La situation est grave, dit-il en se renversant sur le dossier de son siège; voulez-vous que nous parlions à cœur ouvert?

—Je ne demande pas mieux, répondit le vieillard en lui jetant un regard voilé sous ses paupières demi-closes.

—D'abord, et avant tout, entendons-nous bien, reprit Émile en souriant; ici nous ne faisons pas de diplomatie, n'est-ce pas?

—Pourquoi faire? dit en souriant son interlocuteur.

—Dame, la force de l'habitude pouvait vous y entraîner, et croyez-moi, en ce moment ce serait un tort de vous y laisser aller.