—Oui; mais cela vous laisse toute latitude pour préparer vos batteries.

—C'est vrai; toutefois la mission dont me charge le général est hérissée de difficultés. Les insurgés sont en nombre autour de la ville, ils font bonne garde; s'il ne s'agissait que d'enlever deux ou trois et même dix députés, peut être pourrais-je répondre de la réussite; mais songez donc, mon cher comte, qu'il ne s'agit de rien moins que de faire disparaître soixante ou quatre-vingts personnes.

—Je ne vous comprends pas.

—C'est juste, reprit le capitaine; arrivé aujourd'hui même dans la ville et ne vous étant encore abouché qu'avec moi, vous ignorez ce qui se passe.

—Entièrement, reprit celui auquel on avait donné le titre de comte.

—Voici le fait en deux mots: les insurgés veulent frapper un grand coup; à cet effet ils réunissent ici à Tucumán un congrès composé des députés de chaque district révolté; ce congrès a pour mission de proclamer l'indépendance de Buenos Aires et de toute la Banda Oriental.

—¡Sangre de Dios! Êtes-vous sûr de cela? s'écria le comte avec stupeur.

—D'autant plus sûr que je le sais par un de mes cousins qui est lui-même un de ces députés et qui n'a pas de secret pour moi.

—¡Cuerpo de Cristo! Voilà qui est fâcheux! Le général sera furieux lorsque je le lui apprendrai.

—J'en suis convaincu, mais que faire?