—Ce sera un grand honneur pour moi, monsieur le comte, répondit-il en s'inclinant.

—Maintenant que vous avez mis un pied dans nos secrets, il faut que vous y entriez tout à fait.

—Est-ce donc bien obligatoire?

—C'est de toute nécessité.

—J'admire comme depuis quelques jours le hasard se plaît à me poursuivre et s'obstine à faire de moi un homme politique, quand je serais si heureux de ne peindre que des tableaux, moi qui ne suis venu que pour cela en Amérique; j'ai eu là une triomphante idée par exemple, et j'ai bien choisi mon temps!

—Il faut provisoirement en prendre votre parti.

—Je le sais bien, et voilà justement pourquoi j'enrage, mais dès qu'il me sera possible de faire autrement, je ne me le ferai pas répéter deux fois, je vous le certifie.

—Jusqu'à nouvel ordre, il est indispensable que vous demeuriez avec nous, que vous soyez en quelque sorte notre prisonnier; mais rassurez-vous, votre captivité ne sera pas bien dure, nous vous la rendrons, ou du moins nous nous efforcerons de vous la rendre aussi agréable que possible.

—Ainsi vous m'enlevez jusqu'à mon libre arbitre, dit le peintre avec un accent tragi-comique.

—Il le faut provisoirement.