[3] Le reis est une monnaie fictive, cette formidable somme fait, argent de France, environ 340 francs seulement.
[II]
TAROU-NIOM[1].
De tous les Indiens du Nouveau Monde, les aborigènes du Brésil sont ceux qui ont défendu le plus opiniâtrement leur indépendance et lutté avec le plus d'acharnement contre l'envahissement de leur territoire par les blancs. Aujourd'hui encore cette guerre commencée aux premiers jours de la conquête se continue aussi implacable des deux parts, sans que l'issue s'en puisse prévoir autrement que par l'entière destruction de la race infortunée si déplorablement spoliée par les Européens.
Nous croyons nécessaire, pour l'intelligence de cette histoire, d'entrer dans quelques détails sur les mœurs de ces nations dont beaucoup n'existent plus aujourd'hui et dont les autres ne tarderont pas, à moins d'un miracle, à disparaître à jamais de la surface du globe.
L'histoire des origines américaines est encore aujourd'hui un mystère; une seule chose, à notre avis, est maintenant prouvée, c'est que la population de l'Amérique opérée graduellement et sur plusieurs points l'a été par des races différentes, qui elles-mêmes ont asservi, ainsi que le démontrent d'anciens monuments, ceux de Palenque entre autres, dont la date est plus ancienne que les plus vieux monuments égyptiens, ont asservi, disons-nous, une race autochtone dont il n'est plus possible aujourd'hui de découvrir l'origine, mais qui avait atteint un état de civilisation avancée.
Des grandes nations indiennes qui couvraient le sol du Brésil à l'époque de la conquête, la plupart, telles que les Tapuyas, les Tubaïaras, les Tupinambas, les Tumoyos, les Tupiniquins, les Aymorès, et tant d'autres trop nombreuses pour être citées, sont détruites ou réduites à un trop petit nombre pour continuer à former un corps de nation; elles se sont fondues les unes dans les autres; et, tout en se retirant pas à pas devant les blancs, elles ont formé des confédérations afin de résister plus facilement à l'envahissement de leur territoire, et ont ainsi donné naissance aux tribus qui, aujourd'hui, continuent la guerre.
Les principales nations existant aujourd'hui au Brésil sont les Botocudos ou Botocudis, descendants des Aymorès, dont ils ont conservé presque toutes les coutumes, entre autres celle de s'introduire dans la lèvre inférieure un disque de bois, de jade vert ou de coquillage large souvent de deux ou trois pouces.
Viennent ensuite les Patachos, les Machacelis, les Malalis, les Maconis, les Camacans (ceux-ci sont civilisés), les Mucunis, les Panhames, les Capochos, et beaucoup d'autres encore, mais moins importantes, et qui sont plutôt de simples tribus que des nations. Ces Indiens, indépendants presque tous et menant la vie nomade, se sont réservé dans les déserts et les forêts vierges du Brésil des repaires inexpugnables d'où ils bravent presque avec impunité la puissance portugaise.