Un instant le jeune homme eut la pensée de frapper à la trappe, de la faire rouvrir et de demander des renseignements aux rancheros.
Mais il réfléchit que ces bonnes gens étaient censés ignorer sa présence chez eux; que cette démarche inconsidérée pourrait leur déplaire en leur faisant craindre d'être plus tard inquiétés à cause de lui.
Et puis, si ce bruit était véritablement celui d'un combat, il était plus que probable que dès le commencement de la lutte, les pauvres Indiens, à demi morts de frayeur, avaient abandonné leur rancho et avaient fui à travers la campagne, afin de se cacher dans quelque retraite connue d'eux seuls pour échapper à la fureur de l'un ou l'autre des deux partis, et que ce serait vainement, et en pure perte qu'il les appellerait et leur ordonnerait d'ouvrir la trappe.
Ces différentes considérations furent assez fortes pour le retenir et l'empêcher de commettre une imprudence en révélant sa retraite, si par hasard le rancho était temporairement occupé par ses ennemis.
Mais comme, ainsi que nous l'avons dit, sa curiosité était excitée au plus haut degré, et que, dans la situation précaire dans laquelle il se trouvait, il était important pour lui, du moins il se donnait cette raison pour justifier à ses propres yeux la démarche qu'il voulait tenter, il était important de connaître ce qui se passait autour de lui, afin de régler sur les événements la conduite qu'il lui faudrait tenir; il résolut d'agir sans tarder davantage et d'approfondir les causes de ce bruit extraordinaire qui l'avait si subitement troublé dans son repos et sa quiétude.
Il se leva donc, prit un sabre, passa à sa ceinture une paire de pistolets, saisit d'une main une carabine, et ainsi armé et prêt à tout événement, il alluma une lanterne et se dirigea vers le couloir de droite, côté par lequel le bruit lui semblait venir.
Ce couloir, ou plutôt cette galerie du souterrain était assez large pour que deux personnes pussent y marcher de front, les parois en étaient hautes et sèches, et le sol couvert d'un sable fin et jaune qui étouffait complètement le bruit des pas. Cette galerie, formait plusieurs détours.
Au bout d'un instant, le jeune homme arriva dans une salle intermédiaire, qui servait en ce moment d'écurie à ses trois chevaux.
Les animaux semblaient effrayés, ils couchaient les oreilles et avec force en essayant de briser les liens qui les retenaient à la mangeoire garnie d'une copieuse provende de luzerne.
Le peintre les flatta de la main, les caressa et essaya de les rassurer, puis il continua ses investigations.